Les instructeurs SARC et SARP redonnent à la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC

Des amis et moi-même venons d’entamer une deuxième année de « Cours en retour », au profit de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, en offrant des cours de SARC (Soins avancés de réanimation cardiovasculaire) et de SARP (Soins avancés en réanimation pédiatrique).

L’année dernière, nous avons offert deux cours de SARP et deux cours de SARC à Tofield et à Viking, avec la collaboration, comme directeurs médicaux, des Drs Praveen Jain et Bill Sevcik de l’Université de l’Alberta. Le Collège Lakeland a fait équipe avec nous en offrant gratuitement les services de son personnel de soutien pour l’inscription des étudiants au cours, ainsi que l’équipement nécessaire à la prestation des cours spéciaux. Des instructeurs de partout dans la province ont offert de leur temps pour donner les cours. Nous avons tous fait des dons en nature, soit en temps et en efforts, qui ont permis de recueillir plus de 16 500 $ jusqu’à présent pour la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC.

Même si les raisons d’être de ces cours sont simples, les miennes sont loin de l’être. L’année dernière, j’ai perdu mon père qui a succombé à un anévrisme abdominal et un cancer inopérables. J’ai aussi perdu mon meilleur ami l’automne dernier dans des circonstances semblables. J’ai alors compris que ce que nous donnons aux autres dans notre courte vie est très important, même si personne n’en est au courant. Récemment, on m’a demandé pourquoi je tenais à offrir ces « Cours en retour », qui sont exigeants en temps et pourraient générer des profits. Après avoir cherché dans mon cœur les véritables raisons de mon geste, j’ai trouvé les réponses.

En janvier, je suis retourné à l’Hôpital général de Wetaskiwin à titre d’infirmier dans une unité de soins spéciaux. J’avais déjà travaillé comme infirmier autorisé de 1989 à 1997, après avoir obtenu mon diplôme en sciences infirmières. De plus, j’ai aussi été membre de la brigade de pompiers bénévoles et occupé un emploi d’ambulancier paramédical à Wetaskiwin et dans les environs pendant de nombreuses années. Même si je possède plus de 20 ans d’expérience à titre d’infirmier, je souhaitais relever les défis qu’une unité de soins spéciaux avait à m’offrir. Je ne savais pas que la personne responsable de l’unité connaissait mon histoire, mais lorsque je me suis présenté à l’entrevue, on m’a annoncé que j’avais déjà le poste : la personne responsable de l’unité avait demandé à l’une des infirmières qui travaillait sur un autre étage si elle me connaissait. Elle a répondu : « Embauchez-le! » L’infirmière a alors confié simplement que j’avais aidé à sauver la vie de sa fille lors d’un arrêt cardiaque. Je ne savais pas qui était la jeune victime au moment où je l’ai soignée, mais si vous restez dans cette profession assez longtemps, vos succès ressurgiront du passé. Voici le reste de l’histoire…

Une nuit, il y a déjà plusieurs années, je travaillais comme ambulancier paramédical dans un service rural. L’un de mes meilleurs amis, un ambulancier du nom de Len, faisait partie de la première équipe déployée. Son équipe qui a répondu à l’appel pour une « personne malade » ne savait rien sur la victime, mis à part qu’elle avait approximativement 20 ans. Dès l’arrivée, on a constaté que la patiente était en arrêt cardiaque. Nous avons été envoyés immédiatement comme deuxième équipe, arrivant sur les lieux quelques minutes plus tard. La première équipe avait déjà commencé la RCR et administré une décharge électrique au cœur avec le défibrillateur LP 12. La patiente avait un pouls. Nous ne connaîtrons peut-être jamais la cause de cet arrêt cardiaque, mais toutes les personnes présentes savaient exactement quoi faire pour éviter un résultat tragique. Grâce à l’intervention rapide de la première équipe d’ambulanciers, et à l’administration rapide de la RCR et de la défibrillation, tout a fonctionné comme prévu, même si le temps de réponse inquiétait tous les intervenants. S’agirait-il d’une intervention au résultat tragique même si nous avions fait de notre mieux?

Len était l’un de mes étudiants les plus « brillants » à titre d’ambulancier paramédical, de technicien-ambulancier et d’instructeur pour répondant médical d’urgence, et toutes les mesures que son équipe prenait avec notre aide, c’est-à-dire des SIR (soins immédiats en réanimation) et des SAR (soins avancés en réanimation), étaient exceptionnelles. Les pompiers locaux avaient aidé à dégager, à stabiliser et à préparer la victime en un temps record. Je me rappelle que nous l’avons encerclée de tous les côtés simultanément, derrière la première équipe d’ambulanciers à intervenir. Len a pratiqué l’intubation immédiatement après le retour du pouls, et j’ai vérifié le bruit dans les poumons dès mon arrivée pendant que deux autres membres de l’équipe commençaient simultanément une perfusion dans chaque avant-bras. Soudainement, nous avons observé un arrêt respiratoire survenu après avoir corrigé l’arrêt cardiaque soudain. Nous avions besoin d’une équipe de soins intensifs, et nous savions exactement comment l’obtenir.

L’hélicoptère STARS a été déployé tandis que nous gérions la situation immédiatement après l’arrêt cardiaque; nous étions en attente d’un moyen rapide et sécuritaire pour transporter la victime à l’hôpital. La GRC locale, qui nous a fourni du soutien, ainsi que des policiers, des pompiers et deux équipes de SMU travaillaient pour sauver la vie de la jeune femme. Le plan visait à quitter les lieux le plus rapidement possible et à rencontrer l’hélicoptère en route. Le « STAR 3 » se dirigerait vers nous et nous devions effectuer la jonction soit à l’hélisurface à Wetaskiwin, soit sur la route. Si le « STAR 3 » nous rencontrait sur la route, nous avions prévu de la fermer et de le faire atterrir à côté de nous. Nous sommes partis escortés par la GRC, soit deux voitures de police en tête du convoi, suivies par la première équipe accompagnant la patiente. La deuxième équipe venait ensuite pour récupérer le partenaire dès notre rencontre avec « STAR 3 », et une voiture de la GRC fermait le convoi. Je crois qu’il y avait aussi un camion d’incendie juste au cas où il y aurait un accident. Au total, sept véhicules d’urgence formaient un convoi sur la route.

Sans que nous le sachions, l’infirmière de l’hôpital de Wetaskiwin avait été informée que la patiente en route était vivante et, de plus, qu’il s’agissait de sa fille. Je ne peux imaginer comment j’aurais reçu cette effroyable nouvelle. Nous traitons des malades à longueur de journée, mais lorsque l’un d’entre eux est un membre de la famille, nous sommes particulièrement touchés. « STAR 3 » nous a rencontrés au moment de notre arrivée dans la localité de Wetaskiwin et, heureusement, tout s’est déroulé comme nous l’avions prévu. La patiente qui était dans un état critique, mais stable a été transportée. Ce n’est que lors de mon entrevue d’emploi, il y a de cela quelques semaines à peine, que j’ai connu la fin de l’histoire.

Il est plutôt rare que nous apprenions le dénouement d’une intervention, mais peut-être que c’est pour le mieux. Le pronostic initial de cette patiente étant assez sombre, même les spécialistes étaient surpris lorsqu’elle a graduellement repris connaissance au cours d’une période de plusieurs jours. Aujourd’hui, elle travaille dans un domaine qui aide des gens, et vous ne sauriez jamais que son destin ultime est dû en partie aux efforts d’un groupe de personnes qui ne connaissaient même pas son nom, ou ce qui lui était arrivé après sa prise en charge par l’équipe de STARS. J’ai même appris qu’un membre de la GRC locale avait visité l’Université de l’Alberta pour s’informer de son état, hors de ses heures de service. Vous ne savez jamais quel impact aura un appel d’urgence. Parfois, les patients que nous ne connaissons pas sont ceux qui ont la plus grande importance pour nous sans que nous sachions pourquoi.

C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles je fais ce métier qui me permet de contribuer à améliorer un peu la société. Dans mon esprit, certains d’entre nous n’ont pour seul rôle sur cette planète que celui d’aider les autres. Nous ne devons jamais juger les patients auxquels nous prodiguons des soins, ni prendre en considération la richesse, la race, l’origine ethnique ou la religion. Tous les patients ont une histoire unique à raconter et quelques-unes de ces histoires nous brisent le cœur. La vie a une façon de blesser certaines personnes et d’en avantager d’autres, sans aucune raison apparente.

Je sais que nous ne pouvons aider les gens que pendant un certain temps à cause des défis aux plans mental, émotionnel et physique que nous impose notre carrière. Dans ce secteur professionnel, il y a très peu de travailleurs âgés de plus de 20 ans, et encore moins de plus de 30 ans. Il est probable que nous ne réussirons pas à sauver autant de vies que nous en perdrons, et c’est pourquoi je compte les réussites. Je sais aussi que nous pouvons tous contribuer lorsque nous sommes appelés à intervenir en tant qu’« équipe ». Les SARC et les SARP sont des interventions d’équipe qui peuvent faire la différence.

Dans le film Le gardien (version française de The Guardian), Kevin Costner, qui joue le rôle de Ben Randall, confie à Jake, le nouveau nageur de la garde côtière : « Jake, c’est probablement différent pour chacun d’entre nous. C’est assez simple pour moi cependant. Je m’occupe de la première personne que je rejoins, ou la plus faible dans le groupe, et puis je nage aussi rapidement et vigoureusement que possible et pendant aussi longtemps que je peux. Et la mer s’occupe des autres. »

À titre de dispensateurs de soins médicaux, nous aidons le plus grand nombre de personnes possible pendant aussi longtemps que nous le pouvons, en respectant les lignes directrices que nous recevons. À mon avis, il n’y a pas de plus belle vocation en ce monde que d’utiliser ses talents pour aider les autres lorsqu’ils en ont le plus besoin. Je suis heureux d’aider, même un peu, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC à faire la différence pour un si grand nombre de vies, même lorsque je ne connais pas le nom des victimes ou les circonstances particulières.

Je tiens à remercier Norm Martineau de Tofield et Kevin Fornal des SMU de Viking, ainsi que Mike Hoffman et Evelyn Mitton de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC (Alberta) pour leur aide et leur soutien qui ont rendu possible le projet de « Cours en retour ». Nous pouvons aider d’autres personnes à être prêtes lorsqu’elles auront à faire face au défi ultime qui consiste à sauver une vie. Je remercie du fond du cœur les instructeurs qui ont contribué à mettre en œuvre ce petit projet.

Dale M. Bayliss, Infirmier autorisé (IA)/Technicien-ambulancier paramédical (EMT-P)/ACN